C’est ce qu’en scientifique on nomme un artefact : que
l’observation d’une chose soit faussée par les moyens de l’observation même.
Ici on pourrait dire que la photographie modifie la perception que l’on a des
choses, révélant ce que Mac Orlan appelait « le fantastique social »,
la part littéraire des villes à la nuit tombée, la surréalité des détails
isolés. Peindre un effet de flash, la brulure d’une lumière, le détail recadré
d’une vieille image, un halo sur un bout de mur derrière un bibelot revient à peindre
cet artefact, ce fantastique social à l’œuvre dans les images que l’on se fait
de ce qui nous entoure. Car chaque image s’inscrit dans la fiction que lisse le
regard que l’on porte aux choses. Ne fait-on jamais à travers elles que se
raconter la vie possible que l’on mène, notre traversée du monde ? Mais
tout autant, ce qui se peint ici, c’est la disparition des choses derrière les
images, leur nostalgie. Car malgré les images que l’on retient, vivre nous
échappe, vivre est peut-être une coulée dont nous n’avons que l’intuition,
l’informulable intuition. On regarde au passé, fabrique les souvenirs de ce qui
n’a de cesse de se fuir. Et peindre ne sera jamais que peindre une éclipse.
Mireille Blanc, presents, à la galerie Eric Mircher du 31 mars au 5 mai
2012.



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