Le soleil sur la route sans doute m’a donné mal au crâne, des doigts enfoncés dans les yeux. De Lyon à Thiers, puis Clermont, Vichy et Montluçon. Probablement aussi est-ce un peu de cette confusion dans laquelle je suis pris qui fait de moi un œil s’épuisant sur son flou le cristallin crispé perpétuellement. Parce que l’on bouge continuellement, les supports se dissipent, tout semble mal établit, sujet à vertiges et confusion. Il a toujours été question de s’adosser quelques temps quelque part dans les mouvements du monde. Les grecs posaient leur dieux sur du rocher. En quelques jours il y avait à monter des pièces pour installation sur Paris, il y avait des toiles à déposer à Lyon pour le stand d’isabelle, les potes à héberger et les visites de la Docks Art Fair ajoutée à l’archipel que dessine dans la ville la biennale. Demain le rendez-vous sur Paris avec Guillaume Garouste, les dates à caler avec lui avant mon vernissage au centre d’art Aponia (ces déplacements que cela dessine encore). Le retour par le train du matin. Toujours se demander où on en est là dedans. Soi, par son propre parcours, mais surtout nous, artistes émergeants revendiquant pour partie la physionomie de cet art en train de se faire, tentant l’analyse. Et de cette implication active de l’art revendiqué comme outil d’intervention sur le monde (prise de parole), la joie de se retrouver régulièrement autour d’une bière ou d’un café avec Assaf, Yann, Julien et Marie aux Subsistances. Ces « voluptés particulières » dont parle Valéry. Mains lancées vers Samuel, Nicolas ou Marlène*. Sandra et Georges à la terrasse du Progrès aux Abbesses un soir un peu après minuit. Ailleurs en d’autres compagnies. Réciproquement se renvoyer l’age d’homme, celui de notre Bastille. Et c’est d’abord ça, l’aventure dont on croise surtout les images glacées sur des pages hasardeuses. C’est un enthousiasme malgré tout, un activisme éperdu.
Les inrocks prévenaient : « l’art contemporain s’avère aujourd’hui aussi insaisissable que le monde dans lequel il s’expose » et cette biennale, tout comme la Dokumenta de Kassel, semble nous plonger un peu plus dans l’illisibilité de l’extrême contemporain. On se souvient comme Rimbaud dégageait la responsabilité du poète en ces termes : « si ce qu’il rapporte de là-bas à forme, il donne forme ; si c’est informe, il donne de l’informe » et Valéry de pointer le problème en ces termes : "Deux dangers ne cessent de menacer le monde ; l'ordre et le désordre".
La 9ème biennale de Lyon est une biennale dont « la star » si l’on veut, est un binôme de commissaires (Stéphanie Moisdon et Hans-Ulrich Obrist), lequel propose à d’autres commissaires de désigner des artistes. Jeu symptomatique de cette tendance actuelle selon laquelle le commissariat est l’enjeu premier de l’exposition, la voix majeure. A quelques uns alors de choisir quel est le visage de l’art de ces dix dernières années, façon aussi de déterminer un sol à partir duquel devra se développer l’art des dix prochaines et des quelques suivantes. Tout comme le fondement de la biennale (son énoncé de jeu), les œuvres présentées semblent être les anecdotes d’un principe dont elles notent l’ascendance, illustrations parfois obscures de postures, ce qui donne encore l’impression qu’ici c’est le commissaire qui joue et non l’artiste. (La pratique du commissariat ainsi considérée comme une sorte d’exercice de style.) Et le jeu dans ces sphères discursives n’est que de peu d’attrait : Une exposition de cartels. D’autant que tout ça manque de cohésion et se dissipe enfin en une succession d’ébauches inégales où les singularités d’artistes sont doublées (et ainsi gommées) par des revendications curatoriales trop diverses pour faire colonne. Là où un chef d’orchestre aurait accompagné la musique avec la souplesse et la rigueur requise, une multitude d’intermédiaires dissipe toute lecture et fait de l’édifice quelque chose de bureaucratique et kafkaïen.
Le jeu devient alors vraiment effectif et efficace lorsque c’est à un artiste que sont confiés les dés comme par l’histoire de la Zoo galerie Saadane Afif dresse une belle tablée d’artistes vivants. D’emblée le ton est donné : exposition, promenade au zoo « où il sera question d’un missionnaire de l’art ayant su tirer avantage du développement de la ligne de train à grande vitesse entre Paris-Nantes. » pour ça et parce que « ça a commencé dan sle magma d'un itinéraire de vie un peu confus. A Nantes, parce que c'est le seul endroit au monde où l'on peut faire un vernissage avec des huîtres sans qu eça pose de problèmes logistiques énormes », cette équipée de l’art à travers les proches de Patrice Joly est à peu près la seule ici qui nous permet d’approcher l’art comme aventure humaine, celle-là dont nous parlions au début et qui est la seule qui vaille la peine de boire avec excès et de se coucher un peu tard.
*Assaf Gruber, Eric Rondepierre, Martin Bruneau et moi même exposons aux cotés de Slimane Raïs sur Docks Art Fair. Julien Pastor, Samuel Richardot et Marlène Moquet exposent avec d'autres aux Subsistances. Nicolas Giraud à proximité en Résonances.
2 commentaires:
bonsoir, j'aime les croisements nocturnes...en lisant un billet de l'Amateur d'art, je suis tombé sur votre billet sur la biennale de lyon, et surtout sur cette photo l'illustrant. J'ai tout de suite reconnu cette lumière bleu au coin de l'Hotel de ville, j'aime ces moments identiques, ces images identiques...
au final, je suis bien content de ne pas avoir assister à cette biennale, car assister est le terme. Les organisateurs, la moisdon et son accolyte se prennet pour les grands gourous mais ils m'ennuient de leur proposition incompréhensible.
Certes le jeu avec l'équipe d'artistes de nantes peut etre drole mais je ne rentrerai pas dans le délire. On sent bien que les joueurs ont invité leurs familles, et c'est tout, des gens de nationalités.
Comme Le monde le constatait, pas d'afrique dans tout ça...fort regrettable aussi
à bientôt jérémy
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